{"id":437701,"date":"2018-08-31T02:29:08","date_gmt":"2018-08-31T02:29:08","guid":{"rendered":"https:\/\/essaypaper.org\/langoisse-du-roi-salomon-dissertation-proposal\/"},"modified":"2018-10-24T08:58:32","modified_gmt":"2018-10-24T08:58:32","slug":"langoisse-du-roi-salomon-dissertation-proposal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.benedictsol.com\/blogs\/langoisse-du-roi-salomon-dissertation-proposal\/","title":{"rendered":"Langoisse du roi salomon dissertation proposal"},"content":{"rendered":"<div>\n<div align=\"center\">\n\t\t\t <img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/ihelptostudy.com\/other\/custom_top_article.gif\" alt=\"Order custom writing\"\/>\n\t\t<\/div>\n<div class=\"introimage\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/ihelptostudy.com\/wp-content\/uploads\/langoisse-du-roi-salomon-dissertation-proposal_3.jpg\" width=\"459\" height=\"600\" alt=\"Langoisse du roi salomon dissertation proposal of the\" title=\"Langoisse du roi salomon dissertation proposal of the\"\/><\/div>\n<h3>L\u2019angoisse du roi Salomon. ou le coeur b\u00eate de Romain Gary<\/h3>\n<p>Ce petit texte para\u00eetra, dans un premier temps, sur le site en ligne La Revue permanente du Mauss. En avant-go\u00fbt de ce que pourrait donner le livre auquel je songe, \u00e0 condition de donner \u00e0 cette pr\u00e9sentation davantage d\u2019ampleur. Comme toujours, vos avis, commentaires, r\u00e9serves, critiques sont bien venus :<\/p>\n<p> Ce n\u2019est pas avec de bons sentiments\u00a0qu\u2019on fait de la bonne litt\u00e9rature, le mot d\u2019Andr\u00e9 Gide, pass\u00e9 en adage, est si unaniment accept\u00e9 que c\u2019est \u00e0 peine qu\u2019on oserait en discuter la v\u00e9racit\u00e9. Est-il seulement des contre-exemples. Jean Valjean dans Les Mis\u00e9rables vde Victor Hugo, Alexis Karamazov dans Les Fr\u00e8res Karamazov de Dostoievski ou Rachel dans Les temps difficiles de Dickens sont des \u00eatres parfaitement bons, mais cela ne fait pas de ces oeuvres, o\u00f9 se rencontrent \u00e9galement des personnages d\u2019une noirceur et d\u2019une perversit\u00e9 singuli\u00e8re, des exemples convaincants de ce que pourrait \u00eatre une litt\u00e9rature des \u00a0bons sentiments\u00a0. Ce n\u2019est pas que de tels sentiments n\u2019existent pas et que les hommes soient incapables de r\u00e9pondre parfois aux incitations de la bienveillance, de la bont\u00e9 et de la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, mais \u00e9crire un roman o\u00f9 il ne s\u2019agirait que de cela conduirait in\u00e9vitablement l\u2019auteur \u00e0 tomber dans le \u00a0sentimentalisme\u00a0 insipide, dans une na\u00efvet\u00e9 larmoyante et ridicule, le cul cul la praline, le tout le monde il est beau il est gentil, le joli joli, un ang\u00e9lisme de pacotille. Quel \u00e9crivain de talent voudrait se rendre aussi risible. Mieux vaut admettre ce qu\u2019\u00e9crivait Fran\u00e7ois Mauriac dans son Journal. \u00a0Rien ne pourra faire que le p\u00e9ch\u00e9 ne soit l\u2019\u00e9l\u00e9ment de l\u2019homme de lettres et les passions du coeur le pain et le vin dont chaque jour il se d\u00e9lecte.<!--image2begin-->\n<\/p>\n<div class=\"middleimage\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/ihelptostudy.com\/wp-content\/uploads\/langoisse-du-roi-salomon-dissertation-proposal_2.jpg\" width=\"400\" height=\"499\" alt=\"Langoisse du roi salomon dissertation proposal The Banality of Good\" title=\"Langoisse du roi salomon dissertation proposal The Banality of Good\"\/><\/div>\n<p><!--image2end--> Les d\u00e9crire sans connivence [&amp;\u2026] est sans doute \u00e0 la port\u00e9e du philosophe et du moraliste, non de l\u2019\u00e9crivain d\u2019imagination dont l\u2019art consiste \u00e0 rendre visible, tangible, odorant, un monde plein de d\u00e9lices criminelles, de saintet\u00e9 aussi.\u00a0 Eh bien. Il ne s\u2019agira ici ni de l\u2019un ni de l\u2019autre, mais de la bont\u00e9 tout de m\u00eame, sans rien de sirupeux ni de rose bonbon.<\/p>\n<div align=\"center\"> <img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/ihelptostudy.com\/other\/essay-468.gif\" alt=\"Low cost essay writing\"\/><\/div>\n<p>Dans le magnifique (et avant-dernier) roman de Romain Gary, publi\u00e9 en 1979 sous le pseudonyme d\u2019Emile Ajar, L\u2019angoisse du roi Salomon *, la bont\u00e9 dispendueuse, la bienveillance munificente du h\u00e9ros, Salomon Rubinstein, est insatiable, inconditionnelle et totalement d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e, mais s\u2019il en est ainsi, c\u2019est qu\u2019elle provient d\u2019abord d\u2019une protestation. Une protestation rageuse et col\u00e9rique contre la vieillesse qui interdirait les plaisirs de la vie et vous appr\u00eate \u00e0 la mort, contre la mis\u00e8re et de la d\u00e9tresse des oubli\u00e9s de l\u2019existence, contre l\u2019impuissance ou l\u2019indiff\u00e9rence du Dieu qu\u2019il faut bien remplacer puisqu\u2019il fait si mal son travail ; du moins est-ce ainsi qu\u2019un des personnages, Chuck, interpr\u00e8te la raison m\u00e9taphysique des largesses et de la b\u00e9n\u00e9volence de ce vieil homme solitaire de quatre-vingt quatre ans qui d\u00e9pense sa fortune au b\u00e9n\u00e9fice de l\u2019assocation SOS-B\u00e9n\u00e9voles, fond\u00e9e par lui au soir de sa vie. Le roman est tout entier travers\u00e9 par un humour \u00e9tincellant qui est comme la sublimation d\u2019une rage \u00e0 peine contenue.<!--image3begin-->\n<\/p>\n<div class=\"3rdimage\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/ihelptostudy.com\/wp-content\/uploads\/langoisse-du-roi-salomon-dissertation-proposal_1.jpg\" width=\"359\" height=\"552\" alt=\"Langoisse du roi salomon dissertation proposal un chauffeur de taxi, bricoleur\" title=\"Langoisse du roi salomon dissertation proposal un chauffeur de taxi, bricoleur\"\/><\/div>\n<p><!--image3end--> la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 pleinement gratuite est une sorte de pied de nez, de r\u00e9sistance ironique, lanc\u00e9 avec panache \u00e0 la figure de Dieu et \u00e0 la cruaut\u00e9 imb\u00e9cile des hommes.<\/p>\n<p>Faire la le\u00e7on \u00e0 Dieu<\/p>\n<p>Le narrateur, Jean, est un chauffeur de taxi, bricoleur \u00e0 ses heures, qui se trouve engag\u00e9 par Mr Salomon. Par quoi leur relation, qui deviendra bient\u00f4t une profonde amiti\u00e9, commence-t-elle. Par une premi\u00e8re course en ville au terme de laquelle le vieil homme l\u2019invite \u00e0 prendre un verre, et tout \u00e0 trac, sans raisons convenables, moins encore rationnelles, sort son ch\u00e9quier et liquide le restant d\u00fb pour l\u2019achat du v\u00e9hicule.<\/p>\n<p>\u00a0 \u201cJe sentais que j\u2019avais rencontr\u00e9 quelqu\u2019un de sp\u00e9cial et pas seulement un marchand de confection qui avait r\u00e9ussi au-del\u00e0 de toute esp\u00e9rance. J\u2019en ai parl\u00e9 le soir m\u00eame avec Chuck et Tong, avec qui je partage la piaule, et ils m\u2019ont d\u2019abord \u00e9cout\u00e9 comme si j\u2019\u00e9tais tomb\u00e9 sur la t\u00eate et avais eu des visions religieuses entre le boulevard Poissonni\u00e8re et le Sentier (&amp;\u2026) C\u2019est vrai que monsieur Salomon avait quelque chose de biblique, et pas seulement \u00e0 cause de son grand \u00e2ge.\u201d [p. 16].<\/p>\n<p>S\u2019il a fait fortune en ouvrant des magasins dans l\u2019Europe enti\u00e8re, il d\u00e9pense d\u00e9sormais son argent en finan\u00e7ant une association dont les b\u00e9n\u00e9voles prennent nuit et jour les appels t\u00e9l\u00e9phoniques de d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s qui n\u2019en peuvent plus avec les malheurs de la vie. A l\u2019occasion, ils leur rendent visite et leur apportent petits cadeaux ou aides diverses, selon les besoins. Salomon Rubinsten, le roi du pantalon et du pr\u00eat-\u00e0-porter, a besoin de quelqu\u2019un qui le conduise, ce sera Jean. Et pourquoi donc. Parce qu\u2019il a la t\u00eate de l\u2019emploi. Non du point de vue de l\u2019apparence  de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0, il a plut\u00f4t une gueule de voyou  mais du fait de sa sensibilit\u00e9 aux causes perdues, les b\u00e9b\u00e9s phoques qu\u2019on massacre en Alaska, les go\u00e9lands qui cr\u00e8vent suite \u00e0 la mar\u00e9e noire en Bretagne. Voil\u00e0 qui vous pr\u00e9pare dangereusement au b\u00e9n\u00e9volat, parce que la \u00a0d\u00e9sensibilisation\u00a0, c\u2019est la condition premi\u00e8re du fascisme et du terrorisme, et que c\u2019est justement ce talent dont Jean est d\u00e9nu\u00e9. \u00a0J\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 pr\u00eat \u00e0 faire n\u2019importe quoi pour diminuer quand \u00e7a souffre\u00a0 [p. 59]. Deux de ses amis se joignent \u00e0 lui, un jeune homme noir, Yoko et Chuck, \u00e0 la froide t\u00eate m\u00e9taphysique, mais qui n\u2019est gu\u00e8re mieux loti que lui. \u00a0C\u2019est un grand myst\u00e8re que Chuck, qui n\u2019a que des id\u00e9es en t\u00eate, se met \u00e0 avoir du coeur d\u00e8s que quelqu\u2019un s\u2019adresse \u00e0 lui dans le malheur\u00a0 [p. 33]. <br \/>Et voici que Salomon les subjugue tous trois par son \u00e9l\u00e9gance souveraine, son refus obstin\u00e9 de se laisser aller aux renoncements de la vieillesse, ses largesses dispendieuses, sa mani\u00e8re de faire \u00a0pleuvoir ses bont\u00e9s sur tous les cas humains qui lui \u00e9taient signal\u00e9s\u00a0 [p. 23] et que Chuck interpr\u00e8te comme une mani\u00e8re de se substituer \u00e0 Dieu. \u00a0Pour Chuck, le roi Salomon fait du remplacement, de l\u2019int\u00e9rim vu que le titulaire n\u2019est pas l\u00e0 et il se venge de lui en Le rempla\u00e7ant pour Lui signifier son absence (&amp;\u2026) Pour lui, le roi Salomon faisait de l\u2019int\u00e9rim pour donner une le\u00e7on \u00e0 Dieu et lui faire honte\u00a0 [p. 45]. Et \u00e7a, si l\u2019on suit Gary, c\u2019est le propre de la relation que les Juifs entretiennent avec le Cr\u00e9ateur :<\/p>\n<p>\u201cIl [Salomon] gesticule, voil\u00e0. C\u2019est comme s\u2019il brandissait le poing et faisait des signes pour protester et pour faire comprendre \u00e0 J\u00e9hovah que c\u2019est injuste de tout faire dispara\u00eetrte, de tout emporter, et, en premier lieu lui- m\u00eame (&amp;\u2026) Tu ne comprendras jamais le vieux tant que tu ne sauras pas qu\u2019il a avec J\u00e9hovah des rapports personnels. Ils discutent, ils s\u2019engueulent. C\u2019est tr\u00e8s biblique, chez lui. Les chr\u00e9tiens, dans leurs rapports avec Dieu, ils ne vont jamais jusqu\u2019\u00e0 l\u2019engueuler. Les juifs, si. Ils lui font des sc\u00e8nes de m\u00e9nage.\u201d [p. 33]<\/p>\n<p>La protestation, l\u2019humour et l\u2019angoisse<\/p>\n<p>Au coeur du roman, la relation compliqu\u00e9e qu\u2019entretiennent Salomon et Jean avec Cora Lamenaire, une ancienne chanteuse r\u00e9aliste de soixante-cinq ans, qui fut c\u00e9l\u00e8bre avant guerre mais qui tomba dans l\u2019oubli \u00e0 cause de la relation amoureuse qu\u2019elle entretint avec un collabo. Le vieil homme envoie Jean lui apporter une corbeille de fruits confits, parce que, une nuit, elle a appel\u00e9 SOS-B\u00e9n\u00e9voles. Quoiqu\u2019il pr\u00e9tende ne pas la conna\u00eetre, on apprendra bient\u00f4t qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 amoureux d\u2019elle \u00e0 l\u2019\u00e9poque de sa gloire, qu\u2019elle a prot\u00e9g\u00e9 sa clandestinit\u00e9 lorsqu\u2019il est rest\u00e9 enferm\u00e9 durant plusieurs ann\u00e9es dans une cave (pour \u00e9chapper \u00e0 la d\u00e9portation) ; apr\u00e8s sa d\u00e9ch\u00e9ance, alors qu\u2019elle travaillait comme dame pipi dans un restaurant, il lui a achet\u00e9 un appartement et continue de lui verser une rente. Mais entre les deux, c\u2019est depuis des d\u00e9cennies le refus de se revoir et l\u2019\u00e9change de reproches vindicatifs. pour l\u2019un, parce qu\u2019elle n\u2019est pas venue lui rendre visite dans sa cachette ; pour l\u2019autre, parce qu\u2019il continue de la poursuivre de ses reproches alors qu\u2019elle lui a sauv\u00e9 la vie. Toute l\u2019affaire du jeune homme sera de reconcilier ces deux-l\u00e0 que leur fiert\u00e9 s\u00e9pare l\u2019un de l\u2019autre, alors qu\u2019ils vivent dans une triste solitude. Quand il ne prend pas des appels au milieu de la nuit, Mr Salomon collectionne des timbres poste et des cartes postales.<br \/>Jean se prend d\u2019amiti\u00e9 pour la vieille dame, vient souvent lui rendre visite, la sort en bo\u00eete de nuit, l\u2019emm\u00e8ne canoter au Bois de Boulogne, puis devient son amant parce que ce n\u2019est parce qu\u2019on est \u00e2g\u00e9e qu\u2019on n\u2019y a plus droit. Dans le m\u00eame temps, Jean tombe amoureux d\u2019une jeune libraire, Aline, chez qui il s\u2019installe bient\u00f4t sans rien lui cacher de sa liaison avec l\u2019ancienne \u00e9toile de la chanson. Si c\u2019est par amour qu\u2019il lui offre une derni\u00e8re fois les plaisirs de l\u2019union physique, c\u2019est au nom d\u2019un amour en g\u00e9n\u00e9ral :<\/p>\n<p>(&amp;\u2026) C\u2019\u00e9tait pas personnel avec mademoiselle Cora, Chuck, c\u2019\u00e9tait personnel avec l\u2019injustice. J\u2019ai encore fait le b\u00e9n\u00e9vole (p. 163]<\/p>\n<p>Et, plus loin encore cet aveu :<\/p>\n<p>On n\u2019a pas id\u00e9e de baiser une femme par piti\u00e9.<br \/>J\u2019ai d\u00fb me retenir. J\u2019ai vraiment d\u00fb me retenir.<br \/>Je ne l\u2019ai pas bais\u00e9e par piti\u00e9. J\u2019ai fait \u00e7a par amour. Tu comprends tr\u00e8s bien ce que c\u2019est, Chuck. C\u2019est par amour, mais \u00e7a n\u2019a rien \u00e0 voir avec elle.<br \/>Oui, l\u2019amour du prochain, dit-il.<br \/>J\u2019ai saut\u00e9 de mon lit et je suis sorti. Il me faisait trop sentir. [p. 165)<\/p>\n<p>Toute la contradiction de la relation de Jean avec la vieille dame \u00e9clate dans ce dialogue. Car c\u2019est tout \u00e0 la fois elle qu\u2019il aime  sans quoi, ce serait vraiment trop d\u00e9gueulasse, de la piti\u00e9 ou de l\u2019aum\u00f4ne justement  et elle, en tant qu\u2019elle est une femme \u00e2g\u00e9e \u00e0 laquelle il serait injuste de pr\u00e9f\u00e9rer une jolie jeune fille de son \u00e2ge sous pr\u00e9texte que cette derni\u00e8re n\u2019aurait pas de rides et que la vie ne lui est pas encore \u00a0pass\u00e9e dessus\u00a0. Bien s\u00fbr, \u00e7a ne peut pas tenir. Jean s\u2019emploie \u00e0 r\u00e9unir Cora et Salomon, qui partiront tous deux, \u00e0 la fin du roman, vivre ensemble \u00e0 Nice.<br \/>L\u2019angoisse qui travaille les personnages, Salomon et Jean, est li\u00e9e aux ravages du temps, \u00e0 l\u2019injustice cruelle de la vieillesse qui n\u2019est pas une raison pour ne plus pouvoir profiter des joies de l\u2019existence et esp\u00e9rer dans tout ce qui nourrit l\u2019espoir des plus jeunes. Et toute l\u2019admiration et l\u2019amour que Jean \u00e9prouve pour le vieil homme  lequel se fait refaire les dents pour vingt ans ou plus, s\u2019habille avec l\u2019\u00e9l\u00e9gance d\u2019un homme qui a la vie devant soi, et se fait conduire chez une prostitu\u00e9e, on ne sait pas si c\u2019est pour le plaisir ou pour l\u2019humour encore  vient de l\u2019immense protestation que celui-ci proclame comme si ses actes et ses largesses d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9es gueulaient pour lui contre le grand d\u00e9sordre de l\u2019univers. Jean fait face, \u00e0 sa mani\u00e8re, contre ce chaos, plus m\u00e9taphysique que humain ou social, en passant son temps \u00e0 v\u00e9rifier la d\u00e9finition des mots dans les dictionnaires, parce que l\u00e0 du moins les choses sont \u00e0 leur place et c\u2019est sans mauvaise surprise. <br \/>La bont\u00e9, cher Mr Salomon, chez Jean aussi, proc\u00e8de d\u2019une sensibilit\u00e9 \u00e0 fleur de peau qui refuse bien s\u00fbr de se plier aux calculs de l\u2019int\u00e9r\u00eat bien compris, mais aussi \u00e0 toutes les formes d\u2019apaisement que procurent les le\u00e7ons de la sagesse. Mais le caract\u00e8re d\u00e9raisonnable de la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 tous azimuts \u2013 \u00a0Quand on n\u2019a pas le coeur b\u00eate, c\u2019est qu\u2019on n\u2019a pas de coeur du tout\u00a0 [p. 70] \u2013 ob\u00e9it \u00e0 une raison sup\u00e9rieure lorsqu\u2019elle est une protestation contre la grande d\u00e9raison de l\u2019ordre des choses. D\u00e8s lors, elle n\u2019a rien de na\u00eff, d\u2019imb\u00e9cile ou d\u2019ang\u00e9lique. elle est l\u2019expression souveraine de la libert\u00e9 de dire Non \u00e0 l\u2019injustice cosmique dont les hommes sont les complices et les artisans en second. C\u2019est pourquoi, chez Gary, la bont\u00e9 dispendieuse est le propre des \u00eatres d\u2019une intelligence sup\u00e9rieure. Et, comparable en cela \u00e0 ce que devrait \u00eatre la bont\u00e9 divine, elle s\u2019exerce sur les bons et les m\u00e9chants, sur les cons aussi.<br \/>De cette derni\u00e8re cat\u00e9gorie, Mr Tapu, le concierge de l\u2019immeuble cossu o\u00f9 habite Salomon, est le parfait repr\u00e9sentant, caricatural m\u00eame avec son b\u00e9ret et son m\u00e9got aux l\u00e8vres. Mais, en homme de coeur, Jean ne l\u2019oublie pas, quoique ce soit d\u2019une fa\u00e7on particuli\u00e8rement adapt\u00e9e \u00e0 son cas :<\/p>\n<p>J\u2019avais de la peine pour lui et je faisais des trucs expr\u00e8s pour le motiver, j\u2019arrachais une baguette m\u00e9tallique de la moquette, je cassais une vitre ou je laissais la porte de l\u2019ascenseur ouverte pour lui donner satisfaction. C\u2019\u00e9tait un mec qui avait besoin d\u2019assistance [&amp;\u2026] Il avait besoin de moi, il lui fallait quelqu\u2019un de personnel \u00e0 d\u00e9tester, parce que sans \u00e7a c\u2019\u00e9tait le monden entier et c\u2019\u00e9tait trop grand. Il lui fallait quelqu\u2019un et quelque chose de palpable [&amp;\u2026] Quand j\u2019ai compris que je lui manquais, je me suis \u00e0 l\u2019aider. J\u2019ai commenc\u00e9 par pisser contre le mur dans l\u2019escalier, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de sa loge. Il n\u2019\u00e9tait pas l\u00e0 mais il m\u2019a tout de suite reconnu quand je suis redescendu. Il m\u2019attendait [&amp;\u2026] Je lui ai fait un bras d\u2019honneur et je suis parti. Depuis, il me consid\u00e8re avec satisfaction. [p. 96-97].<\/p>\n<p>On l\u2019aura compris, la bont\u00e9 chez Roman Gary est tout sauf une affaire de morale. Si elle r\u00e9pond \u00e0 une obligation, celle-ci est d\u2019un autre ordre que le respect de principes, de r\u00e9gles et de prescriptions, qu\u2019elles soient sociales ou autres. Quelque chose comme un don inconditionnel qui s\u2019adresse, comme un vivant reproche, \u00e0 l\u2019anti don divin, pour lui dire son fait et qui s\u2019enracine dans la col\u00e8re d\u2019une protestation qui se refuse au d\u00e9sespoir tout autant que dans les \u00e9lans de la sensibilit\u00e9. On pourrait voir en cela une forme de na\u00efvet\u00e9  de fait, elle est assum\u00e9e comme telle puisque Jean tente parfois en vain de s\u2019en gu\u00e9rir (\u00a0J\u2019aimerais bien \u00eatre un truand qui n\u2019a pas froid aux yeux et qui a tout le confort. Tout le confort. Le confort moral. Qui s\u2019en fout quoi\u00a0 [p. 19])- mais quand cette na\u00efvet\u00e9 commence \u00e0 manquer, c\u2019est le monde entier qui court \u00e0 la \u00a0d\u00e9sensibilisation\u00a0. Et lorsque cela advient, ce sont les Juifs qu\u2019on extermine, les b\u00e9b\u00e9s phoques qu\u2019on tue \u00e0 coup de gourdin et Aldo Moro qu\u2019on assassine. <br \/>Moquer la sensibilit\u00e9, la brocarder du nom insultant de \u00a0sentimentalisme\u00a0, au fond c\u2019est l\u2019emploi des salauds. Mais c\u2019est le \u00a0coeur b\u00eate\u00a0 de l\u2019homme en col\u00e8re qui voit l\u2019injustice, qui la d\u00e9nonce et la combat jusque dans ses cons\u00e9quences m\u00e9taphysiques et th\u00e9ologiques. Aussi pourrait-on dire que Gary \u00a0voltairise\u00a0 lorsqu\u2019il reprend les armes de l\u2019humour et de l\u2019ironie de son illustre pr\u00e9d\u00e9cesseur \u00e0 des fins assez semblables. En 1979, lorsqu\u2019il \u00e9crit L\u2019angoisse du roi Salomon. Gary dresse le poing contre la d\u00e9ficience de Dieu et la m\u00e9chancet\u00e9 imb\u00e9cile des hommes ; bient\u00f4t, il tournera la main contre lui-m\u00eame. Mais cela il est nous interdit de l\u2019interpr\u00e9ter.<br \/>_________________<br \/>* Mercure de France, 1979 ; r\u00e9\u00e9dit\u00e9 dans la collection Folio, Gallimard.<\/p>\n<p>La  guerre sainte  et sans fronti\u00e8res que m\u00e8nent les djihadistes contre  le monde des t\u00e9n\u00e8bres  se d\u00e9ploie selon la logique manich\u00e9enne d\u2019une lutte \u00e0 mort o\u00f9 chaque camp pr\u00e9tend incarner le Bien et voit dans l\u2019autre la figure du Mal. Comment en sortir. <br \/>Du premier c\u00f4t\u00e9, on ne saurait comprendre l\u2019extr\u00eame violence dont les mouvances de l\u2019islamisme radical font preuve sans la rapporter aux doctrines dont elles s\u2019inspirent et aux multiples causes sociales, politiques et \u00e9conomiques qui expliquent leur \u00e9mergence dans le monde arabo-musulman contemporain. Mais, sym\u00e9triquement, tout se passe comme si les d\u00e9mocraties avaient \u00e9t\u00e9 prises au pi\u00e8ge d\u2019id\u00e9ologies meurtri\u00e8res qu\u2019elles ont davantage contribu\u00e9 \u00e0 nourrir qu\u2019\u00e0 combattre efficacement dans le respect de leurs propres principes. De l\u2019usage de la torture \u00e0 l\u2019utilisation croissante de drones arm\u00e9s, la  guerre contre la terreur  a trop souvent \u00e9t\u00e9 men\u00e9e dans le m\u00e9pris du droit, alimentant ainsi une spirale sans fin de haine et de ressentiment, tout en servant de pr\u00e9texte \u00e0 une remise en cause de nos libert\u00e9s fondamentales. Dans cet essai, incisif et tr\u00e8s document\u00e9, Michel Terestchenko nous introduit au coeur de ces dynamiques de violence exponentielle, qui se d\u00e9veloppent jusque dans notre pays, et nous donne les moyens d\u2019exercer notre responsabilit\u00e9 de citoyen afin qu\u2019elles fassent enfin l\u2019objet d\u2019un d\u00e9bat public.<\/p>\n<h2>Forward<\/h2>\n<p>The &amp;\u201dholy war&amp;\u201d without borders lead by Islamic jihadists against &amp;\u201dNetherworld&amp;\u201d follows the simplistic logic of a fight to the death in which every side pretends to be the embodiment of the Good and sees in the other the face of Evil. Is there a solution? On the first hand, it is impossible to understand the extreme violence of the radical Islam movement without a closer look at its origins and at the many social, political and economical causes which explain their emergence in the contemporary Arabic-Muslim world. At the same time, everything goes as if the democracies were ambushed into the deadly traps of the ideology that, more than fight efficiently and in accordance to their principles, they have helped setting. From torture to an increasing use of armed drones, the &amp;\u201dwar on terror&amp;\u201d has been too oftenly lead without regard to the law, and it has been constantly feeding feelings of hatred and resentment, while serving as an excuse for the questioning of our fundamental rights.<\/p>\n<h2>Google+ Badge<\/h2>\n<h2>Such a Fragile Veneer of Humanity, The Banality of Good and Evil<\/h2>\n<p>Description This important new book by political philosopher Michel Terestchenko has been hailed by critics as one of the most outstanding and noteworthy essays in recent times. Expanding on the work of the German political theorist Hannah Arendt, who in Eichmann in Jerusalem raised the question of whether evil is radical or simply a function of banality \u2014 the tendency of ordinary people to obey orders and conform to mass opinion without critically thinking about the results of their action or inaction \u2014 Terestchenko proposes a new paradigm of &amp;\u201dabsence&amp;\u201d vs. &amp;\u201dpresence&amp;\u201d of self. The essence of altruism, he explains, has nothing to do with selfless acquiescence to a higher authority. In fact, selfless behavior is one of the surest paths to blind obedience and servility. Examining the psycho-sociological roots of the subservience that leads to inaction in the face of injustice, he cites specific historical examples showing that presence is more important than absence of self: forgotten cases from the history of Naziism, the &amp;\u201dduty&amp;\u201d performed at Abu Ghraib prison camp and, conversely, the heroic actions of the people of Chambon-sur-Lignon at the height of WWII.\n<\/p>\n<li>frenchpubagency.com<br \/>\n<h2>Version allemande du Un si fragile vernis d\u2019humanit\u00e9<\/h2>\n<\/li>\n<li>amazon.fr\n<p>Ausgehend von der These der Banalit\u00e4t des B\u00f6sen denkt Michel Terestchenko \u00fcber die Frage nach, weshalb es m\u00f6glich ist und immer wieder passiert, dass Menschen ihre Menschlichkeit verlieren k\u00f6nnen. Sein in Frankreich viel diskutiertes Buch ist der fundierte und originelle Versuch, die \u00fcblichen dualistischen Vorstellungen von Egoismus und Altruismus, Gut und B\u00f6se zu \u00fcberwinden.<\/p>\n<h2>Traduction russe aux \u00e9ditions Rosspen (Moscou, 2010)<\/h2>\n<\/li>\n<li>rosspen.su<br \/>\n<h2>Du bon usage de la torture, ou comment les d\u00e9mocraties justifient l\u2019injustifiable.<\/h2>\n<h2>On The Fair Use of Torture, or, How Democraties Justify the Injustifiable<\/h2>\n<p>Description The moral condemnation of torture has failed to prevent the exacting challenges of its theoretical legitimization as a &amp;\u201dlesser evil.&amp;\u201d In this audacious essay, Terestchenko dissects the arguments of thinkers, philosophers, and judicial authorities for whom torture, in its various incarnations and in varying circumstances, can be justified. In a thorough refutation of the school of thought known as the liberal ideology of torture, he explains how the use and legitimization of torture creates a deeply corrupting poison for civil society and its institutions. First Terestchenko presents a genealogy of new torture practices, from their origins in the 1950s to their present-day forms. He shows how such practices as &amp;\u201dsensory disorientation&amp;\u201d and &amp;\u201dself-inflicted pain,&amp;\u201d among others, have evolved over time. Then he examines the legal aspect, giving the example of the way the United States justified, or refuted, what went on in Guant\u00e1namo Bay and Abu Ghraib. He goes on to debunk the myth of the noble torturer, illustrated by the fictional counterterrorism agent Jack Bauer in the TV series 24, and vigorously refutes the liberal ideology designed to show that even perfectly compassionate citizens might justify torture to find a ticking bomb. Developing the notion of abuse of public trust, he argues that this dangerous fallacy will turn our democracies into illegitimate states.<\/p>\n<\/li>\n<li>frenchpubagency.com\n<\/li>\n<li>amazon.de\n<p><center><iframe loading=\"lazy\" width=\"420\" height=\"315\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/t_3_yU7oa_s\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"\"><\/iframe><br \/><\/center><\/p>\n<\/li>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019angoisse du roi Salomon. ou le coeur b\u00eate de Romain Gary Ce petit texte para\u00eetra, dans un premier temps, sur le site en ligne La Revue permanente du Mauss. 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